L’éthologie est-elle toujours au service des animaux ?

Prise par le temps, je n’ai jamais eu le temps d’écrire un article convenable sur le sujet des oreilles des chevaux, grand indicateur de leur état émotionnel .

 

Heureusement, quelqu’un la fait pour moi, et très bien en plus, je vous joins donc un petit copier coller de son travail et je vous mets le lien vers l’article 🙂

Pour ce qui est de mon avis, j’ai vu beaucoup de grands noms du monde du cheval, disant faire de l’éthologie, ayant des chevaux aux oreilles plaquées en permanence.

Cela m’a toujours interpelée.. Et pourtant personne ne semble réagir, tout le monde se dit « waw qu’elle complicité ». Mais je n’en suis pas certaine..

Je vous laisse vous faire votre avis de par cette article.

Bonne lecture.

Article de L’étho m’a tuer sur les oreilles

Oreilles en arrière : inconfort, jeu… ou autre ?

 

S’il y a un thème qui me trotte (pour ne pas dire galope…) dans la tête depuis des mois, c’est bien celui-ci. A priori, il n’est pourtant absolument pas sujet à polémique et toutes les personnes ayant approché un cheval une fois dans leur vie s’entendent sur la signification du langage auriculaire équin : oreilles en avant, cheval content ; oreilles en arrière, cheval en colère.

 

Cheval content Vs Cheval pas content
Jusque là, ça semble clair. Et pourtant…

Du moins, c’est ce que l’on nous serine lors de nos premiers contacts avec la gent équine. Et généralement, « on » nous explique aussi qu’il ne faut pas toucher la fourchette lorsque l’on cure le pied de son cheval, qu’il faut tenir la longe 20 à 30 cm sous le licol et surtout (surtout !) ne jamais le regarder dans les yeux.

Pas dans les yeux, on a dit !

[Arrivés à ce stade de votre lecture, vous devez probablement commencer à sentir mon irritation. Ou mon ironie. Ou les deux. Préparez-vous : je n’en suis qu’à l’échauffement…]
Puisque l’objectif n’est pas ici de lister toutes les inepties apprises, transmises, digérées et recrachées dans le monde du cheval (parce que ça serait bien trop long) (et que le titre annonçait quand même un sujet précis, mine de rien), je vais recentrer mon propos sur un élément postural que je trouve largement négligé, voire méprisé, dans nos interactions avec les équidés : la position des oreilles. Ou, plus précisément, la position « oreilles en arrière ».
Les cavaliers expérimentés et les passionné.e.s impliqué.e.s ont en effet conscience qu’un cheval qui pointent les oreilles vers l’avant n’est pas seulement « content ». Il peut être en état de vigilance accrue, être prêt à faire demi-tour, s’apprêter à saluer un congénère, avoir entendu le bruit familier d’un sac de friandises… S’il a les oreilles détendues, sur le côté, on le dit généralement endormi ou serein. Et si le pavillon de ses oreilles est plaqué vers l’arrière, on en déduit qu’il est agressif, acculé ou prêt à se défendre. Enfin en théorie. Ou, devrais-je préciser, c’est ce que toutes les personnes que je croise sur le terrain me disent… tant que le cheval est au box. Ou au pré. Parce que lorsque le même cheval présente la même posture au travail, sous la selle ou aux côtés de son cavalier, l’interprétation change : « il écoute d’où vient le son », « il est concentré », « il joue, c’est un moyen de s’exprimer »… Ah, vraiment ?

Position des oreilles similaire, comportement différent.
(Non, je n’ose pas prendre de vraies photos. Voilà.)

Parce que oui, effectivement, un cheval peut orienter ses oreilles vers l’arrière pour écouter un bruit (comme la voix de son cavalier). Et bien sûr, un cheval concentré sur les demandes d’un humain ne les pointe pas forcément en avant. Mais il me semble que 90% du temps, les cavaliers se cherchent des excuses pour ne pas regarder en face le message que leur hurle leur cheval… Il ne passe pas une seule journée sans que je ne vois défiler, sur les réseaux sociaux ou sous mes propres yeux, des chevaux exprimant un réel mal-être et dont le cavalier s’amuse du « caractère bien trempé » et de son « envie de jouer ». Des amateurs débutants aux professionnels les plus médiatisés, trop de passionné.e.s partagent quotidiennement des photos de montures tendues, renfermées, crispées en ignorant (du moins je l’espère !) les signaux émis… Alors comment faire la distinction entre un cheval agressif et un cheval concentré ? Comment différencier mal-être et application ?
Si l’on s’accorde généralement à distinguer « oreilles en arrière » et « oreilles plaquées vers l’arrière », il me semble qu’il convient également d’observer l’animal un peu plus globalement : quid de la commissure des lèvres ? des crispations autour des yeux ? des tensions dans la mâchoire ? Et en reculant encore un peu : comment tient-il sa queue ? son dos ? sentez-vous de l’énervement dans sa posture générale ? comment vous regarde-t-il ? et d’ailleurs, vous regarde-t-il ? *

Regard fuyant… cheval distant !

Ensuite, poussez l’analyse un peu plus loin : à quel moment votre cheval couche-t-il les oreilles ? (s’il les porte constamment vers l’arrière, par égard pour lui, contactez au plus vite un ostéo ou un véto…) Est-ce lorsque vous entrez dans son lieu de vie ? lors du sellage ? des transitions montantes ? de la présence d’autres chevaux ? Essayez de détecter ce qui amène cette réaction afin d’adapter votre énergie, votre demande, vos exigences.

Par exemple, dans tous les manèges où je me rends en période hivernale, je rencontre des cavaliers qui « font courir leur cheval », le poursuivant dans un endroit clos, enchaînant blocages, demi-tour et démarrages au galop. Et systématiquement, les cavaliers en question admirent leur partenaire saboté et s’amusent de ses « mimiques » en le chassant joyeusement à grand renfort de chambrière chantante : « ah, tu veux jouer hein ? allez hop, hop !« . Je suis navrée si ces lignes blessent ne serait-ce qu’une personne, l’objectif n’est pas là. Mais il me semble primordial que ce type de « séances » disparaisse parce que si, en théorie, elles peuvent être un moment d’échanges entre l’humain et le cheval, je n’ai jamais observé de comportement serein dans ces conditions. Jamais. J’y ai vu des encolures crispées, des yeux exorbités, des queues qui fouaillent… et des oreilles plaquées en arrière. Et tout être humain qui aurait pris le temps de regarder objectivement par dessus mon épaule en serait venu très probablement à la même conclusion. Et finalement, rien de plus logique : en milieu naturel, un cheval mange et marche la majorité du temps. Il n’a pas besoin de galoper en rond ou de sauter en l’air. Il a besoin d’espace et de copains. Même l’hiver. Donc un cheval qui se défoule et bondit dans tous les sens au risque de s’étaler exprime une frustration (manque d’exercice, de congénères, de stimulations…). Mais trêve de digression, revenons (une fois de plus) au sujet initial…

Il se pourrait que ce poney ait besoin d’un peu plus de mouvement libre…
Mais bien sûr, on peut aussi tenter de le longer avec des enrênements et faire des trottings.
(non)

Lors d’un stage, j’ai ainsi aidé une cavalière à améliorer ce qui aurait pu apparaître comme un simple trait de personnalité chez sa monture. En effet, cette dernière se déplaçait sous la selle en grinçant des dents et, dois-je le préciser, en gardant ses oreilles bien dirigées vers l’arrière. Après m’être assurée que toute douleur physique était écartée, j’ai demandé à observer les deux partenaires évoluer ensemble. Et il m’est apparut clairement que ce type de réaction était déclenché lors de certaines demandes de la cavalière : marcher au pas ou rester arrêté ne posait aucun souci, mais trotter ou demander un changement de direction suscitait automatiquement une crispation de la part de l’animal. Pourtant, la cavalière était fine et à l’écoute, le cheval n’était ni jeune, ni traumatisé. Mais pour lui, pour cet individu précis avec sa sensibilité et son histoire propre, c’était trop. Et ça méritait d’être pris en compte, pour des raisons de sécurité mais également de bien-être général ! Quel bonheur de les observer moins d’une heure plus tard, au galop rênes longues, un immense sourire sur le visage de la cavalière et une décontraction totale sur celui de son cheval…
Je sais que l’exercice est difficile et peut nous mettre face à une réalité que l’on préfère nier. J’ai également conscience que ce sujet est compliqué et que beaucoup de lecteurs vont se sentir heurtés par ce texte… et je m’en excuse, sincèrement. Mais interrogez-vous en votre âme et conscience : quand voyez-vous des chevaux plaquer les oreilles en arrière ? N’est-ce pas systématiquement dans des situations anxiogènes (spectacles, paddocks d’échauffement… mais aussi dans le cadre d’un apprentissage mal dosé, d’un environnement nouveau, d’un cavalier stressé…) ?  Doit-on accepter la banalisation de cette posture pour éviter de se poser des questions, certes douloureuses, mais tellement nécessaires ? Surtout qu’il convient de ne pas oublier qu’un cheval qui plaque ses oreilles a déjà tenté de communiquer son mal-être par une multitude de petits signaux préalables…

Peut-être que ce type de signal serait plus facile à comprendre ?!

Il y a quelques années, j’encadrais une élève et sa jument, toutes deux bien avancées en travail au sol, complices et toujours prêtes à relever de nouveaux défis. Sauf que ce jour-là, c’est une problématique apparemment anodine que C. était décidée à empoigner : elle avait remarqué que sa jument plaquait systématiquement les oreilles au galop. En découpant les différents exercices menant à cette allure, nous avons ainsi pu observer que la crispation s’annonçait lors de toutes les transitions montantes et qu’effectivement, elle atteignait son paroxysme au galop. J’ai alors conseillé à C. d’écouter son énergie, de prendre conscience de ses demandes et d’éliminer le superflu. A la fin de cette unique séance, sa jument prenait le galop dans le calme, sans aucune tension, lorsque C. inspirait en visualisant l’allure voulue… En acceptant de voir et de s’occuper d’un « détail postural », C. a pu améliorer sa communication en allégeant drastiquement ses demandes et sa jument a gagné en confort et en motivation (et pi moi, j’étais super émue mais bon, fondamentalement, cela n’apporte rien à ce récit…).

Je tiens absolument à nuancer mon propos en tentant de déculpabiliser les cavaliers qui pourraient souffrir de cette prise de conscience : il est possible que votre cheval ait « appris » à adopter cette posture au travail. Il est possible qu’au fur et à mesure des années et de ses expériences, il ait associé « travail » et « oreilles en arrière ». Peut-être que cela n’a rien à voir avec vous, que le fait d’avoir été monté constamment avec une douleur ou dans un environnement désagréable avant même votre rencontre a teinté toute son attitude. Ou peut-être que vous n’arrivez pas à définir ce qui l’amène à ce comportement, malgré toutes vos bonnes intentions. Peut-être que ça n’est tout simplement pas votre faute. Mais quel que soit l’origine de son malaise, sa durée et son intensité, vous pouvez quand même l’aider… La tâche peut vous sembler insurmontable, tant votre monture vous donne l’impression de souffrir en permanence. Pourtant, combien de chevaux continuent à mordre au sanglage alors que l’ostéo les manipulés, les a trouvés en pleine forme et que leur selle a été ajustée ? Combien cherchent encore à tiquer à l’appui dans leur grand pré bien aménagé après des années de vie isolée en box ? Il n’est pas toujours facile d’inverser des comportements devenus automatiques, mais je suis absolument convaincue que c’est toujours possible. Quel que soit l’âge de votre cheval, votre niveau ou votre passé commun, vous pouvez toujours progresser et améliorer votre communication !

Oreilles détendues, cavalier joyeux : que demander de plus ?

Consciemment ou non, le monde équestre a tendance à simplifier la signification de certaines postures et de certains comportements. Peut-être est-ce pour permettre l’enseignement « facile » d’un langage interspécifique souvent largement faussé. Ou, peut-être, cela permet-il de se voiler la face sur l’impact qu’a l’équitation sur ses principaux protagonistes. Sauf que ce faisant, les humains se coupent d’une quantité importante de messages… et que ce sont les chevaux qui en pâtissent. Pour contrer cet état de fait, le remède est simple : observez, tentez, adaptez… caressez 💓

[Ah, dernier point : je sais bien qu’une photo ne reflète qu’un instant T et qu’il ne faut pas juger un cavalier sur un cliché malencontreux. Par contre, à ma connaissance, rien n’oblige à poster toutes ses photos sur les réseaux sociaux… Alors oui, quand un cavalier (et plus encore, un professionnel) met régulièrement en ligne des images de montures aux oreilles plaquées en arrière, j’ai tendance à passer mon chemin… Parce que soit il ne s’en rend pas compte, soit il s’en fout. Et je ne sais pas quel est le pire scénario…]

Marie Sutter

 

➽ Toutes les illustrations que j’ai courageusement substituées à de vraies photos viennent bien sûr du superbe travail de Norman Thelwell

* Suite à une judicieuse remarque et pour éviter de transformer cet article en chronique romanesque, je rajoute une plaquette à laquelle je me réfère souvent pour présenter les indices de mal-être et inconfort chez le cheval. Comme évoqué (trop) brièvement au cours de mon article, à la position des oreilles doivent s’ajouter l’observation de crispations autour des yeux, de la bouche, de la mâchoire, des naseaux… Vous pouvez trouver l’étude à laquelle elle est associée par ici.

 

 

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